Apiculture Bio: Olivier BELVAL, apiculteur engagé nous parle de la filière et des abeilles en danger.

Olivier Belval, apiculteur en Ardèche, vit en harmonie avec 450 ruches dont il prend soin avec son beau-frère et associé. L’apiculture a débuté à Sallefermouse en 1973 avec Maurice Belval un pionnier de l’apiculture biologique. Il a su transmettre à la génération suivante, au delà de sa connaissance du terroir, l’amour du travail bien fait, une éthique, des valeurs. Pour le GAEC Belval-Teissier, l’écologie est un mode de vie simple allié naturel de l’économie circulaire.

- Pouvez-vous présenter votre activité et nous dire quels miels vous produisez, dans quelle région et en quelle quantité?
Le GAEC Belval-Teissier produit 14 miels différents dans un rayon de moins de 50 Km autour de la miellerie de Sallefermouze. Certains miels sont produits sur des ruchers sédentaires tel le miel du Pays Camisard, produit sur des ruchers perchés sur les pentes Cévenoles. D’autres sont issus de la transhumance comme le miel de Lavandes produit sur la partie provençale du sud de l’Ardèche au nord du Gard. A quelques kilomètres de là, la corniche des Cévennes Ardéchoise permet de produire la bruyère,le sapin, la callune, et bien évidemment le miel de montagne. Les ruches hivernent pour la plupart en garrigue dans et autour du célèbre bois de Païolive. C’es là que les abeilles produisent au printemps du miel de Thym, ou de garrigues. Les affluents de la rivière Ardèche donnent une année sur quatre en moyenne du miel d’acacia, sinon, ce miel trop teinté prendra le nom de miel de maquis. Mais la production principale reste tous les ans le miel de châtaignier, entre les floraisons précoces du piémont et les tardifs des pentes ardéchoises, ce miel représente à lui seul près du tiers des récoltes. Notre production moyenne est de 9 kg à la ruche ce qui reste très faible au regard des apiculteurs en conventionnel transhumant sur les zones de grandes cultures (colza-tournesol…).
- Etes-vous sensible à la baisse de population chez les abeilles? Cela vous a-t-il personnellement impact et comment voyez-vous l'avenir de votre profession?
Nous tenons un registre d’élevage très précis : notre unité de suivi étant la ruche là où la réglementation n’impose que le suivi au niveau du rucher. Ce travail minutieux nous permet de connaitre avec précision l’état sanitaire de nos colonies. La cause principale de mortalité pour nous est directement liée à Varroa Destructor, un acarien présent en France depuis les années 80. Aujourd’hui dans toutes les colonies, il y a des niveaux d’infestation variables, mais aucune n’en est complètement exempte. Nous luttons conformément au label bio sans faire appel aux molécules de synthèse utilisées par l’immense majorité des apiculteurs en conventionnel. Du temps de Maurice Belval, avant l’arrivée de Varroa Destructor, la mortalité moyenne était de 5% par an. Après les années 80, cette mortalité a doublé pour atteindre 10%. Aujourd’hui, notre mortalité moyenne varie entre 15 et 17 % par an. C’est beaucoup, mais nous ne nous plaignons pas quand la mortalité moyenne en France est proche de 30 % par an. En parallèle la production ne cesse de baisser, en particulier sur les zones de grandes cultures à cause des pesticides néonicotinoïdes dont l’usage ne cesse d’augmenter malgré leur interdiction au niveau européen. L’arrivée l’année dernière dans le sud de l’Italie d’un nouveau prédateur de la ruche (le petit coléoptère Aetina Tumida) est un sujet de grande inquiétude car s’il était introduit en France, ça déclencherait la destruction totale des ruchers avec un traitement chimique obligatoire. En 2017, alors que le frelon asiatique était déjà présent sur le sud de l’Ardèche depuis 6 ans maintenant, nous subissons pour la première fois une très forte prédation du frelon asiatique. Les ruches les plus faibles se sont littéralement faites massacrer par ce prédateur violent. 
- Avez-vous pris des mesures pour protéger vos ruches de menaces extérieures et si oui, lesquelles?
Pour protéger nos ruches contre le frelon asiatique, nous avons placé des grilles réduites devant l’entrée de ruche pour éviter qu’il ne rentre capturer des abeilles ou voler du miel. Cet automne, nous avons installé entre 1 et 5 pièges par rucher. Ces pièges sont parfois pleins de Vespa Velutina en une journée seulement. Le piégeage de printemps est encore le plus efficace car c’est entre février et mai que seules les fondatrices (reines) volent. Pour chaque fondatrice piégée c’est un nid en moins au cours de la saison donc des milliers de frelons en moins et des dizaines de milliers d’insectes de toutes espèces sauvés. Bien évidemment la recherche des nids reste une priorité surtout en fin d’été. Les chasseurs, randonneurs, pêcheurs et autres querelleurs de champignons sont souvent des alliés précieux pour trouver les nids dans une végétation très dense. Sur notre secteur, les pompiers détruisent gratuitement les nids signalés après validation par un réseau de référents frelon bénévoles.
Etant en agriculture biologique, le fléau principal des abeilles n’a que très peu d’impact sur nos abeilles. En effet, nous sommes tenus de vérifier que dans un rayon de 3 Km, toutes les cultures mellifères soient conformes au label bio. Quand il arrive, et c’est le cas pour le miel de lavandes que toutes les parcelles ne sont pas en bio, nous devons faire analyser notre miel à la recherche de 400 molécules chimiques. Pour être certifié bio, nous devons être en dessous du seuil de détection sur l’ensemble des pesticides recherchés. Par ailleurs, les cires d’abeilles sont très souvent contaminées par des polluants environnementaux. Nous n’utilisons que des cires produites dans l’année par nos abeilles. L’ensemble des produits que nous donnons à nos abeilles sont issus de l’agriculture biologique, ça évite la possible présence de pesticides ou d’OGM dans leur alimentation.
 
L’apiculture est une passion, un mode de vie sans pareille. La vie est dure pour nos abeilles, consommer bio et local c’est aussi contribuer à les protéger. Ensemble, changeons.